Point de conjoncture 27 janvier 2010

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Tarifs de rachat dans le solaire : la nouvelle donne...

La France et l'Allemagne viennent successivement d'annoncer de nouveaux tarifs de rachat pour l'électricité d'origine solaire. Si l'impact boursier a été limité en France, les valeurs solaires allemandes, pour lesquelles les enjeux sont plus importants, ont subi des prises de bénéfices plus substantielles (Phoenix Solar, SolarWord, Q-Cells...). Nous pensons que ces deux annonces s'inscrivent dans des contextes différents mais sont cohérentes d'un point de vue économique et ne font que traduire les évolutions constatées dans le secteur sur les derniers mois...

Les faits :

En France : le 12 janvier le MEEDDM a publié un arrêté fixant les conditions d'achat de l'électricité d'origine solaire, biomasse et géothermie. Il introduit une différence de traitement importante entre les installations bénéficiant de la prime d'intégration sur un bâtiment d'habitation principale et les installations professionnelles :

  • dans le premier cas, le tarif est maintenu à 58ceuros le KW/ soit l'un des plus élevés au monde
  • les installations « intégrées au bâti » à usage professionnel voient leur tarif révisé à la baisse. La baisse la plus marquée (de 60 à 42c euros le KW/h) concerne les bâtiments professionnels de moins de 2 ans (ex. toitures de supermarchés...) afin de limiter la spéculation. Elle est plus modérée (50 euros) pour les bâtiments industriels, commerciaux et agricoles de plus de 2 ans.
  • pour les installations au sol (de 31,4 à 37,7 c euros le KW/h), la réglementation introduit une modulation en fonction de l'ensoleillement du site pour les installations d'une capacité supérieure à 250kWc

Le tarif applicable à la biomasse (installations entre 5 et 12 MW) est doublé.

Dans tous les cas, ces nouveaux tarifs offrent une visibilité sur les tarifs de rachat jusqu'en 2012 et s'ajoutent à l'augmentation massive du soutien aux énergies renouvelables en 2009 (500 M euros contre 100 M euros en 2008) et au 1M euros investi dans le cadre du fonds chaleur.

En Allemagne : très attendu sur ce sujet depuis les élections de septembre, le gouvernement allemand a annoncé, le jeudi 21 janvier, le montant des réductions de tarifs pour le secteur solaire. Elles s'élèvent à - 15% pour installations en toiture (rooftop system) et les installations à ciel ouvert. Pour les installations agricoles, en revanche, la baisse de tarif est portée à - 25%. Les baisses annoncées sont en ligne avec les attentes mais bien supérieures aux revendications des professionnels (-5 à -10%). En 2011, ces tarifs pourraient être modulés de + ou moins 2,5% par rapport à la baisse programmée de 10%, en fonction de l'évolution de la capacité installée. L'objectif pivot est un accroissement des capacités installées de 3000 MW par an jusqu'en 2011, ce qui constitue une bonne nouvelle !

Notre analyse

France : nous pensons que ces tarifs vont dans le bon sens. En effet :

  • les activités créatrices d'emplois (installations de panneaux solaires sur les habitations) ont été préservées. Selon le SER, 65 000 demandes ont été enregistrées en 2009 contre 15 000 un an plus tôt. Pour les autres, il convient de rappeler que près de 50% des panneaux solaires produits dans le monde sont fabriqués en Chine et que la France n'a pas réussi à s'imposer dans ce domaine malgré l'ampleur des subventions...
  • « l'effet de rente » a été corrigé. Il faut savoir que la France bénéficiait de tarifs 2 fois plus élevés que certains pays européens, ce qui a donné lieu à un développement anarchique de projets dans des zones géographiques parfois inadaptées (Nord...). En outre, il convient de rappeler que les coûts de production des panneaux solaires ont baissé de 20% en l'espace d'un an et devraient encore baisser en 2010. Il était donc économiquement cohérent que les tarifs de rachat diminuent ! L'objectif in fine est de garantir un taux de rendement interne des projets (TRI) compris entre 8% et 12%, ce qui reste le cas avec les nouveaux tarifs.

En conclusion, ces nouveaux tarifs ne vont pas conduire à la destruction du secteur mais à sa professionnalisation. Seul bémol, la révision à la baisse de l'indexation des tarifs sur l'inflation (Art.8) alors que le retour à des scénarios inflationnistes fait planer sur le secteur un risque certainement plus violent que les évolutions prévisibles (et logiques ...) de tarifs !...

Allemagne : le cas de l'Allemagne est plus préoccupant, bien que cette baisse soit cohérente également.

En effet, l'Allemagne représente à elle seule 45% à 50% de la demande mondiale... Les marges des producteurs de panneaux solaires européens (QCells..) sont déjà sous pression en raison de la guerre des prix menée par les chinois, ce qui a déjà occasionné des destructions d'emplois (importations de Chine...). Mais dans le même temps, les producteurs d'électricité alternative ont bénéficié de la baisse des prix, ce qui légitime la baisse de tarifs. A leur niveau actuel, ils permettent d'assurer un TRI de l'ordre de 9% pour les projets. En outre, en indexant l'évolution des tarifs à partir de 2011 sur l'augmentation de la capacité installée, cette nouvelle réglementation donne au secteur suffisamment de souplesse pour s'adapter.

Il convient de rappeler que les prévisions de capacité installée dans le solaire au niveau mondial ont été revues à la hausse : 8 à 9 GW contre 7 GW initialement prévus. L'Allemagne devrait représenter près de 30% du total ! La vraie question est peut-être davantage : quels seront les relais de croissance lorsque des pays déjà matures, comme l'Allemagne, auront épuisé leur potentiel ?... L'Italie, la Grèce et le Portugal semblent montrer la voie en Europe, sans oublier bien sur l'Inde, la Chine et les Etats-Unis qui luttent pour le leadership...

Quel impact sur nos fonds ?

Comme indiqué dans notre dernier point de conjoncture, nous avons drastiquement allégé nos positions sur le solaire dans Performance Environnement (18% du portefeuille) pour concentrer nos investissements sur l'éolien et les utilities vertes qui offrent aujourd'hui un potentiel de rattrapage important avec un niveau de risque bien moindre.

Dans le solaire en Europe, nous avions, dès le second semestre 2009, soldé nos positions sur les producteurs de panneaux allemands (Q Cell....) au profit des équipementiers tels que Manz Automation, Roth&Rau... Spécialisés dans la fabrication des lignes de production, ils devraient directement profiter de l'accroissement de la demande mondiale, sans subir la baisse des prix.

Légèrement plus exposé au secteur solaire (26% du portefeuille), Performance Environnement International devrait bénéficier de sa forte pondération sur la Chine (14% du portefeuille) et les Etats-Unis (27%), les deux pays leaders en termes de coûts avec des sociétés telles que Trinasolar, Suntech, YIngli, First Solar...

Financière de Champlain confirme ainsi son objectif de concilier performance et prudence avec une exposition importante (supérieure à 95%) sur ses fonds thématiques et une allocation sectorielle très sélective.