Billet d'humeur semaine du 1er juin 2009

Placements solidaires : la nouvelle valeur refuge ?

Rapport Cotis, baromètre de l'épargne solidaire, RSA... le social a le vent en poupe et pour cause....L'intérêt croissant des français pour les placements solidaires coïncide avec une prise de conscience de plus en plus aigue de l'urgence sociale sur fonds d'inégalité du partage des richesses...

Les chiffres dévoilés le 26 mai par Finansol dans son dernier « Baromètre de l'Epargne solidaire » montrent que, malgré la crise financière, les encours de cette catégorie d'actifs sont restés stables à 1,634 milliard euros. Si les performances des FCP solidaires et de partage ainsi que l'épargne salariale ont subi de plein fouet l'hémorragie des valeurs boursières, pas de décollecte massive comme sur la plupart des FCP traditionnels. Les livrets solidaires ont même affiché un dynamisme enviable (+ 28%) dans un contexte de contraction de l'épargne...

De ce fait, les dons aux associations et ONG se sont inscrits en hausse de 12% pour atteindre 5,7 M euros. Les financeurs solidaires tels que la Nef, Habitat et Humanisme... tirent le marché avec 34% d'investissements supplémentaires (soit 379 M euros) réalisés par rapport à 2008 en direction des « entrepreneurs sociaux » (non coté).

Ces chiffrent constituent-ils une tendance de fonds ? Difficile à dire... Mais l'étude IPSOS publiée comme chaque année avec le baromètre Finansol laisse penser que la crise a bel et bien eu un effet de catalyseur :

  • Reflet des préoccupations des français, le logement et l'emploi drainent 70% des investissements solidaires. De fait, ces investissements ont permis de créer 20 000 emplois et 1 500 logements sociaux en 2009 ! A l'heure des pratiques douteuses et des valorisations virtuelles, leur utilité sociale est, elle, bien tangible !
  • La notoriété du concept est en hausse, passant de 35% en 2008 à 40% en 2009
  • Particulièrement intéressante dans l'étude, l'analyse des motivations d'investissement qui pourrait présager l'émergence d'une nouvelle typologie d'épargnants qui sans être de purs « homo philantropicus » constitueraient une nette évolution par rapport à « l'homo economicus » traditionnel, guidé par son unique intérêt personnel à court terme :
    • 58% des personnes interrogées considèrent que la crise leur donne envie de prendre en compte d'autres facteurs que le profit dans la façon de placer leur épargne
    • Au sein des 57% de personnes se déclarant prêtes à investir dans l'épargne solidaire, la part de ceux qui se disent prêt à accepter un rendement moins important qu'un placement classique augmente pour atteindre 21% (contre 36% à rendement équivalent)

A ce jour, on estime à près de 300 000 le nombre « d'épargnants solidaires », un chiffre dérisoire au regard des « intentions d'achat » mentionnées dans l'étude. Comme pour l'ISR, la crise représente une formidable opportunité mais il convient de lever quelques blocages :

  • le manque d'information, de la part des réseaux bancaires notamment, pèse pour 46% dans les freins à l'action
  • le manque de transparence de ces fonds dont la composition des portefeuilles est bien souvent opaque (moins de 30% des fonds de partage sont ISR).

Principaux « clients » de l'épargne solidaires, les CSP + et les seniors constituent portant une cible solvable ! Pour « dégetthoïser » l'épargne solidaire ne faudrait-il pas cesser de raisonner en terme de « classe d'actif » mais plutôt par rapport aux attentes émergentes de la clientèle pour des placement porteurs de sens ?

En rattachant l'épargne solidaire à la vaste famille des placements « responsables » (fonds thématiques environnementaux et développement durable, fonds ISR, FCPI...), on démultiplierait les moyens en profitant de la notoriété des concepts les mieux installés comme les placements « verts » pour promouvoir progressivement d'autres types de placements plus engagés. Juste une histoire de curseur à déplacer avec subtilité sur l'axe performance / sens pour cibler de façon pertinente les attentes de chaque client. Un nouveau challenge pour l'industrie de la gestion ! Mais le jeu en vaut la chandelle car cette clientèle citoyenne est aussi plus patiente et plus fidèle ! Changer les règles du jeu de la finance ce n'est pas seulement plus de réglementations c'est également encourager des comportements qui vont dans le sens de l'intérêt général en apportant une réponse adéquate grâce à une offre de produits riche et adaptée !