Billets d'humeur
Le fil vert
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Billet d'humeur semaine du 30 novembre 2009
La Bourse et Copenhague : un coup pour rien ?
Alors que la pression médiatique autour du Sommet de Copenhague est à son comble, les valeurs de l'environnement, elles, sont proches de leurs plus bas... L'indice solaire a perdu 15% sur le mois d'octobre et les utilities, réputées pour leur caractère défensif, peinent à trouver une orientation claire...Les vrais leviers seraient ils ailleurs ?
Si Copenhague constitue une étape majeure dans l'histoire des relations internationales c'est d'abord à titre symbolique : démontrer notre capacité à dépasser le sacro saint dogme de la souveraineté nationale pour entrer dans une logique de solidarité face à la première menace globale de l'histoire de l'humanité...
A ce titre, le ralliement des Etats-Unis et de la Russie incarné au plus haut niveau, l'assouplissement des positions de l'Inde, l'engagement de la Chine à réduire de 45% l'intensité énergétique de sa croissance et la volonté du Brésil de réduire en 2020 ses émissions d'au moins 36% par rapport au scénario « business as usual », montrent que la fixation d'objectifs a cessé d'être un point bloquant et qu'il est possible désormais de se concentrer sur la mise en œuvre. Car c'est sur le terrain que tout se jouera ! Si les objectifs des Etats-Unis (- 6% en 2020 vs 1990) peuvent paraître très en deçà des recommandations des experts du GIEC (- 25 à 40% en 2O20), ils ont mis en œuvre l'un des plans de relance verte les plus ambitieux (150 Md $) de même que la Chine dont l'objectif n'est autre que de devenir le leader mondial des énergies renouvelables... Il y a fort à parier que, dans ce domaine en tous cas, les actes dépasseront les promesses...
En effet, quelque soit l'issue du Sommet de Copenhague, le processus est déjà en marche et de façon irréversible ! De fait, le secteur de l'environnement repose sur 4 piliers : le cadre réglementaire allié à la volonté politique, l'innovation et le financement.
Concernant le cadre réglementaire, la plupart des pays ont aujourd'hui mis en place des tarifs ou crédits d'impôts (US) suffisamment attractifs pour permettre aux investisseurs de disposer d'une excellente visibilité à moyen terme. Le Japon, en particulier, vient d'adopter pour l'énergie solaire des tarifs de rachat qui devraient lui permettre d'atteindre la parité par rapport aux énergies fossiles dès 2011 !
L'innovation constitue le deuxième facteur majeur pour la baisse du coût des énergies alternatives et l'accroissement de leur efficience. Sur les 5 dernières années, le coût de l'énergie solaire a baissé de 50%, sur la seule année 2009 de 30% et on attend encore entre 10 et 30% de baisse en 2010 sur le prix des panneaux solaires, grâce essentiellement au dumping pratiqué par les chinois, soutenus par les grandes banques nationales. L'éolien a déjà atteint, lui, la parité par rapport au charbon et au gaz !
Pour ce qui concerne la volonté politique, la crise financière a été un formidable catalyseur de la prise de conscience, par les états, du potentiel économique, de création d'emplois (5 M de « cols verts» attendus aux US) et de leadership technologique des secteurs liés à l'environnement. Les 450 Md $ d'investissements consentis dans le cadre des plans de relance verte au niveau mondial sont acquis et leur impact se fera sentir progressivement. Les annonces qui se sont succédées à la veille du Sommet de Copenhague ont créé un climat d'émulation vertueuse qui pousse des pays plus timides sur le sujet, tels que l'Indonésie, à adopter des plans ambitieux en faveur de l'environnement. L'environnement devient un moyen de se positionner sur l'échiquier politique international et de générer de nouveaux moteurs de développement.
Dernier point critique: le financement, sachant que la plupart des projets dans les énergies alternatives utilisent le levier de la dette pour 80% du financement. C'est cette dépendance qui a causé la chute des valeurs vertes en 2008 et qui explique aujourd'hui que, malgré un contexte qui n'a jamais été aussi porteur pour l'environnement, cela ne se traduise pas dans les performances boursières à court terme... Le redémarrage des commandes en amont de la filière, en lien avec desserrement du crédit constaté sur les derniers mois pour les exploitants, l'a bien démontré. Mais le secteur a besoin d'un signal plus clair de la part des banques pour recommencer à investir massivement à la hauteur des perspectives qu'offre le secteur aujourd'hui. Lorsque ce signal se produira, le rebond de secteurs tels que l'éolien dont la visibilité économique ne s'est pas démentie, devrait être violent car la sous-performance accumulée par ces valeurs conduit aujourd'hui à une décote importante.
Alors qu'est ce qui se joue vraiment à Copenhague ? Rien de moins que la mise en place d'un système susceptible de générer de vraies ruptures et d'aborder non seulement les causes mais les conséquences irréversibles du réchauffement. Ce qui est en jeu, ce n'est pas seulement l'implantation de milliers d'éoliennes et de panneaux solaires mais d'éviter que l'épuisement des sols et la question de l'eau (pénurie/inondations) ne condamnent à une mort certaine et à des déplacements subis des millions d'individus ! Si les pays du Sud seront les premiers touchés, nous le serons tous collectivement... En effet, on a trop tendance à oublier que les forêts et les zones humides telles que les mangroves agissent comme de formidables pièges à carbone de même que les sols grâce aux bactéries. Leur prise en compte dans le cadre des mécanismes de lutte contre le réchauffement et notamment les marchés de crédit carbone est essentielle.
Remettre l'homme et la préservation de la biodiversité au cœur des enjeux climatiques est donc indispensable pour amener de vraies ruptures qui permettront d'atteindre, à l'horizon 2050, le « facteur 4 » soit une baisse de 75% des émissions au niveau mondial. Une vision solidaire du développement durable qui n'est pas forcément éloignée de la logique économique...
En effet, que sont les 103 milliards d'euros par an nécessaires au financement des plans dits « d'adaptation » au changement climatique dans les pays en développement face aux débouchés colossaux que représenterait, par exemple, une Afrique disposant de ressources énergétiques propres capables d'asseoir un développement industriel durable ? La théorie de la bottom line...Des pays tels que le Mali et le Niger avec son plan solaire s'engagent aujourd'hui dans cette voie... Et le cercle peut même devenir vertueux pour tous : promouvoir l'élevage biologique au Nord c'est indirectement cesser d'encourager l'agriculture intensive d'exportation au Sud pour l'alimentation du bétail qui cause l'érosion des sols ! Face à une croissance condamnée à la mollesse au Nord, ce dont il s'agit à Copenhague, ne serait- ce pas finalement de créer les bases nécessaires à la poursuite d'une croissance durable au niveau mondial ?
Notre destin est lié à celui des populations du Sud ! S'il n'y a pas de solidarité voulue, il y a aura une solidarité de nécessité, lorsque les économies occidentales auront cessé de croire que leur croissance est illimitée et que tout peut recommencer comme avant ! Et quand bien même nous passerions outre, les quelques 150 millions de réfugiés écologiques attendus en 2050 seront là pour nous rappeler l'évidence... Dire oui à l'esprit de Copenhague c'est préférer agir sur son destin que de le subir. Plus que jamais le prise en compte du long terme s'impose dans les choix court terme ! Une nouvelle forme d'intelligence économique collective que la finance doit d'urgence intégrer sous peine de voir son divorce avec l'économie réelle s'accentuer...