Le fil vert
L'essentiel de l'actualité environnementale
Billet d'humeur semaine du 5 avril 2010
Environnement : bas les masques !
Alors que la prise de conscience des enjeux liés au développement durable ne cesse de gagner du terrain auprès du grand public, les reculades en série de nos politiques sur le front de l'environnement mettent en lumière la vraie nature de leurs intentions...La « posture » écologique, s'est transformé en « imposture » écologique comme le souligne le député européen Yannick Jadot...
Si les plans de relance verte ont démontré que l'environnement serait le moteur de la croissance et de la création d'emplois demain, cette conviction n'est pas suffisamment ancrée pour résister à la tyrannie du court terme. Faute d'une vraie vision de la société de demain, nos gouvernants oscillent entre volonté de changement et maintien de l'ordre établi.
Le déferlement sur la scène médiatique des climato-sceptiques a créé un climat délétère propice aux renoncements.
Mais il y a plus grave... Ces travailleurs de l'ombre que sont les lobbies en tous genres, mènent en sous-sol une action infiniment plus puissante - car elle s'inscrit dans la durée - pour saper les bases d'une révolution verte naissante. L'échec cuisant sur l'interdiction de la pêche au thon rouge, qui semblait faire l'unanimité, montre que même le temple de la Biodiversité, le CITES, n'est pas à labri de ces attaques souterraines !
Les gesticulations autour de la taxe carbone traduisent bien également ce manque d'enracinement de la pensée écologique au niveau politique. Après avoir fait de ce thème le cheval de bataille de la France au niveau européen, on revient à un discours d'arrière garde sur l'avantage concurrentiel. Présenter la taxe carbone comme un frein à la compétitivité c'est ne pas avoir intégré que c'est l'anticipation des enjeux environnementaux qui sera demain source d'avantage concurrentiel. Des pays comme la Suède l'ont bien compris. La taxe carbone était le moyen privilégié (avec les incitations fiscales et subventions) d'engager une mutation profonde et de long terme de notre société.
Mais encore faut-il être convaincu que les choses vont devoir changer !
Comment atteindre l'objectif européen de 20% de réduction des émissions de CO2 en 2020 dans un pays dont le mix énergétique (nucléaire et hydraulique) laisse peu de marge de manœuvre, sans mobiliser le tissu économique et les particuliers ? La taxe était le moyen de réorienter la consommation vers les secteurs créateurs de valeur pour notre économie et pour la planète...La refonte du capitalisme est à ce prix : provoquer une vraie mutation de la demande, utiliser les lois du marché pour en éviter les dérives...
Mais si nos politiques semblent en panne de motivation, sur le terrain les choses avancent... Le projet solaire Desertec est un bon exemple. Il vise à fournir 15% d'électricité d'origine renouvelable à l'Europe d'ici 2050 en construisant de gigantesques fermes solaires thermiques dans le désert saharien et des réseaux de distribution permettant un raccordement électrique entre les deux continents. Les investissements sont pharaoniques (400 md de dollars) et pourtant des réassureurs comme Munich Re, pilote du projet, ont bien compris que la transition énergétique de demain se préparait aujourd'hui... Autre signal encourageant, alors que Copenhague avait buté sur la question de la souveraineté nationale, ce projet est l'illustration de la capacité du Nord et du Sud (Maroc, pays méditerranées...) et d'acteurs issus de différentes filières à dialoguer. Une lueur d'espoir dans un océan de renoncements ?