Billets d'humeur
Le fil vert
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Billet d'humeur semaine du 9 février 2009
Davos : la fin des certitudes, catalyseur ou inhibiteur du changement ?
La conférence de Davos qui s'est tenue du 28 janvier au 1er février dernier, a cristallisé les inquiétudes sur le caractère inédit de la crise que nous traversons. Certains commentaires surprennent par leur acuité « Les certitudes qui avaient défini Davos ces dix dernières années se sont écroulées », « Si nous en sommes là, c'est parce que nous nous sommes trop focalisés sur le profit »....
Les données publiées à Davos dans le rapport du WEF, vont bien au delà des estimations publiées dans le rapport Stern : 515 milliards de dollars d'investissements seraient nécessaires chaque année jusqu'en 2030 pour maintenir les émissions de CO2 au dessous du seuil critique qui conduirait à une augmentation des températures supérieure à 2°...
La prise de conscience semble donc là, mais si la refonte du capitalisme à laquelle aspirent même les plus libéraux tarde à se manifester, n'est-ce pas que l'analyse des failles de ce système n'a pas été entreprise en profondeur ?
Selon l'économiste Dani Rodrik, la crise actuelle serait liée à un déséquilibre entre les 3 objectifs censés guider l'activité économique au niveau mondial :
- Intégration économique internationale dans le cadre d'un système de libre-échange(OMC...)
- Développement de régulations supra-nationales (institutions) visant à favoriser le développement et le renforcement des démocraties
- Préservation des états-nations garants du bien-être des peuples
La mondialisation initiée dans les années 70 a conduit progressivement à une domination de l'objectif d'intégration économique provoquant une dégénérescence des deux autres piliers. C'est ce déclin des systèmes de régulation qui nous conduit à la situation actuelle. La difficulté tient à ce qu'il s'agit non seulement de trouver de nouveaux modes de gouvernance mondiale mais également un nouveau modèle de développement fondé sur de nouvelles valeurs induisanr de nouveaux comportements. Pour ce faire, il est indispensable que s'établisse, pour reprendre l'expression de l'économiste D. Plihon, « une nouvelle hiérarchie des normes» qui place sur un pied d'égalité l'économique, le social, le sociétal et l'environnement.
C'est autour de ces « nouvelles normes » que nos 3 piliers pourront à nouveau retrouver l'équilibre grâce à :
- Une ouverture des frontières plus sélective prenant en compte les critères sociaux et environnementaux par zones géographiques. Le « tarif extérieur commun » (taxe envers les pays les moins soucieux de leurs impacts environnementaux) cher à Jacques Saphir pourrait permettre un ajustement progressif des économies vers une généralisation des bonnes pratiques environnementales. C'est peu l'idée du « protectionnisme vert d'Obama », un protectionnisme vertueux en qq sorte...Une idée qui a fait sa route à Davos ou un consensus semble commencer à se dessiner autour d'une forme de protectionnisme sélectif. Des velléités infirmées par les réactions de la communauté internationale suite à l'annonce d'Obama de protéger son industrie sidérurgique menacée...
- Des Etats-nations d'abord soucieux du bien-être des populations : soutien au développement des agricultures vivrières dans les PED, développement des éco-industries créatrices d'emplois, protection des industries naissantes ou menacées...Plus généralement, c'est l'évolution du partage profit/salaires au détriment du capital humain qui a conduit aux niveaux d'endettement en partie à l'origine de la crise actuelle. La refonte du système passe donc, dans l'intérêt même du capitalisme, par une meilleure répartition des richesses. Le phénomène des travailleurs pauvres (45% de la population active mondiale en 2009 sur la base de moins 2 euros par jour selon les dernières données du BIT) qui s'accentue avec la crise, remet en cause l'un des piliers du modèle capitaliste : la valeur travail.
- Enfin, la régulation internationale passe par la création de nouvelles organisations supra-nationales telles que l'ONUE (ONU pour l'environnement) au sein desquelles la parité entre pays riches et pays en voie de développement doit devenir une réalité. L'oligopole des institutions financière doit laisser la place à une concertation avec les institutions humanitaires du type OIT, OMS, tant les dimensions environnementales, sociales et économiques sont appelées à converger ou à entrer en conflit... Dans un contexte de crise, l'urgence sociale pourrait conduire à mettre au second plan les impératifs écologiques comme c'est le cas au Brésil par exemple. Seuls des mécanismes internationaux de compensation financière comme le REDD peuvent permettre de soutenir les initiatives écologiques des états. Parallèlement, de nouveaux indicateurs de richesse (tel que l'Indice de Développement Humain...) doivent devenir la référence pour la mesure de la croissance économiques car eux seuls permettront d'intégrer les externalités sociales et environnementales du développement économique. L'OFCE y travaille activement sous la férule d'experts internationaux. Le changement de cap auquel nous aspirons implique d'abord un changement de boussole !
On l'aura compris, cette refonte est profonde si bien que de nouveaux contre-pouvoirs seront nécessaires pour aider le capitalisme à lutter contre ses démons (court termisme et maximisation des profits à tout prix) et réussir sa mue. Nicamor Perlas voit dans la « société civile » (ONG, associations de citoyens) le « troisième pouvoir » indispensable pour permettre au système d'évoluer. En matière de gouvernance, les administrateurs indépendants sont censés jouer ce rôle de contre-pouvoir. Mais à trop focaliser sur leur indépendance, n'a-ton pas tendance à oublier le rôle de l'expertise ? Or y a- t-il contre pouvoir plus compétent que les salariés pour lutter contre les excès d'un capitalisme orienté vers la seule satisfaction de l'actionnaire ? Reste à savoir sous quelle forme...
Certains pays d'Europe Nord et l'Allemagne avec la co-gestion ont en partie exploré ces voies mais nous nous sommes toujours trouvé des excuses historiques, économiques ou culturelles pour éviter de nous en inspirer. Aux Etats-Unis, le « consumer power » est devenu, avec les « class actions » une réalité qui fait trembler jusqu'aux plus grands groupes. Plutôt que de revenir, sous la pression de l'urgence, à une logique d'affrontement ne serait-il pas souhaitable d'intégrer pleinement ces parties prenantes aux évolutions en cours ? C'est ce qu'à tenté le Grenelle de l'environnement mais lorsqu'il s'agit d'arbitrages financiers, il semble que les anciennes logiques continuent à prévaloir...Preuve, s'il s'en faut, que nous ne pourrons pas changer tout seuls....
Une tendance positive s'est clairement dessinée à Davos : « le plus grand intérêt national aujourd'hui c'est la coopération internationale... » mais débouchera-t-elle sur une remise en cause des institutions et des systèmes en place ? Suite donc au prochain Davos, et au Sommet du G20, en avril, sensé changer la face du monde .... Yes we can ?